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11 octobre 2011

25 octobre 1927 : naufrage du Principessa Mafalda


Nous avons déjà eu l'occasion d'évoquer l'histoire des compagnies de navigation italiennes au début du XXè siècle. Au sein de celles-ci figurait le Lloyd Italiano crée en 1904 qui fut totalement absorbé par la Navigazione Generale Italiana en 1918. Cette dernière possédait déjà des intérêts dans le Lloyd Italiano et avait perdu un fort tonnage au cours de la guerre. Désirant reconstituer sa flotte, elle prit le contrôle de la totalité de la compagnie.

Parmi les navires ainsi recueillis après l'absorption figurait Principessa Mafalda (du nom de la fille du roi d’Italie Victor- Emmanuel III). Il ne s'agit pas là d'un très grand navire (9 210 TJB, 148 m. de long, 19 noeuds) mais d'un navire réputé pour son confort, lancé le 22 octobre 1908 par le chantier Esercizio Bacini de Riva Trigoso, dans la banlieue gênoise. C'est le même chantier qui avait procédé quelques mois auparavant (le 22 septembre 1907) au lancement d'un navire identique, Principessa Jolanda. La fête avait alors été assombrie par le naufrage immédiat du nouveau paquebot quelques minutes après qu'il ait touché l'eau…



Le lancement de Principessa Mafalda est, lui, parfaitement réussi et le navire est mis en service le 30 mars 1909 au départ de Gênes à destination de Buenos Aires. Aucune ombre n'est portée sur sa carrière sauf bien sûr celle, inévitable, de la guerre durant laquelle il est désarmé à Tarante. C'est donc sous les couleurs de la NGI que le paquebot retrouve son affectation au retour de la paix dans un service qualifié de "rapide et luxueux". S'ensuit une nouvelle période sans trouble pour le paquebot, un peu vieilli certes mais toujours agréable pour ses passagers.


Dans l'après-midi du 25 octobre 1925, le paquebot se trouve au large de la côte brésilienne. Il est en route pour Rio sous les ordres du commandant Simone Guli, sur une route bien connue de son équipage comme de ceux de tous les liners reliant l'Europe au sud du nouveau monde. À son bord se trouvent 971 passagers et 288 membres d'équipage. La journée est celle d'une traversée banale, qui s'écoule au rythme des habituelles animations du bord. Soudain, plusieurs coups sourds se font entendre, semblant provenir de l'arrière du navire. On les attribuera ultérieurement à la rupture d'un arbre d'hélice et à la fracture de la coque par cette hélice encore en mouvements. Mais les passagers ignorent encore que, tout en bas, une voie d'eau vient de se créer et qu'elle envahit la salle des machines. Très rapidement, le commandant fait lancer des messages de détresse et ordonne le rassemblement des passagers aux postes d'abandon. La suite se déroule comme dans de nombreux autres récits de naufrages. Les témoignages des survivants sont discordants mais le même scénario se répète chaque fois : le navire qui s'incline peu à peu, les vains appels au calme lancés par les officiers, les cris des passagers, la panique, les passagers sautant par dessus bord, la quête des gilets de sauvetage, les cris de rage quand on constate que certains membres d'équipage sont déjà embarqués à bord d'un canot qu l'on aperçoit s'éloignant du navire en détresse… Dans le cas du Principessa Mafalda, sont même évoqués des passagers armés qui s'enfuient après en avoir détroussé d'autres…

Le navire va encore rester à flots pendant quatre heures après les premiers signes du drame. Nous avons vu que la route était fréquentée ; les appels au secours ne sont pas restés vains. Plusieurs paquebots sont rapidement parvenus sur les lieux. Parmi eux, citons Empire Star (que Principessa Mafalda avait croisé peu de temps avant son avarie meurtrière), le néerlandais Alhena (qui aura grandement contribué aux secours), Rosetti (Lamport & Holt), Avelona Star et les paquebots français Jamaïque, Mosella et Formosa. Le bilan du naufrage sera de 324 morts ou disparus.


Pour plus de détails voir ce site entièrement consacré au naufrage.







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30 mai 2011

29 mai 1914 : naufrage de l'Empress of Ireland


Sans que l'on sache pourquoi, certains événements restent plus ancrés que d'autres dans la mémoire collective. Si le naufrage de Titanic est resté suffisamment célèbre pour qu'Hollywood s'en empare, d'autres catastrophes maritimes d'ampleur comparable n'ont connu la une de l'information que durant quelques semaines. Ainsi l'attaque du paquebot allemand Wilhelm Gustloff en 1945, pourtant beaucoup plus meurtrière que la perte du navire britannique, n'est-elle plus connue aujourd'hui que de quelques-uns. C'est également le cas de la perte d'Empress of Ireland.

Le 28 mai 1914, à 16 heures, le paquebot Empress of Ireland quitte Québec à destination de l'Angleterre sous les ordres du commandant Henry George Kendall qui, bien que récemment nommé à ce poste, a une grande expérience : il navigue depuis 25 ans. Il commande un beau navire lancé en Écosse par le chantier Fairfield de Glasgow le 27 janvier 1906, qui entame sa 192ème traversée de l'Atlantique. Ce n'est pas un géant (sa longueur est de 173,70 mètres, sa largeur de 20 mètres et son tonnage brut de 14 191 TJB, ses machines à quadruple expansion lui donnent 19 000 chevaux et une vitesse moyenne de 18 noeuds) mais ses installations sont confortables. Même si leur luxe ne peut rivaliser avec celles des somptueux liners de la ligne de New York, il partage avec son jumeau, Empress of Britain, la réputation d'être le plus beau navire à naviguer sur le grand fleuve.

Les emménagements de première classe comportent tous les locaux nécessaires pour un bon voyage : salle de musique, salon d'écriture, bibliothèque, fumoir… Les installations de deuxième classe n'ont pas été négligées même si le décor y est plus sobre et, en 3ème classe, les émigrants ne sont plus traités comme ils l'étaient quelques années auparavant.

Surtout, le navire est connu pour "bien tenir la mer" et, chose jugée importante depuis le mois d'avril 1912, la capacité de ses embarcations de sauvetage excède son nombre maximal de passagers qui est de 1 580 passagers (310 en première classe, 500 en deuxième, autant en troisième et 270 dans l'entrepont). Tout aussi rassurant est cet exercice de sauvetage, auquel tout l'équipage a participé et qui a eu lieu la veille du départ, montrant que l'armateur tient la sécurité pour importante. D'ailleurs, le navire appartient à une compagnie réputée, la Canadian Pacific Railway Company, la grande compagnie que tout le monde connaît ici, au Canada, et avec son frère jumeau, Empress of Britain, il assure régulièrement la liaison avec l'Europe, transportant le courrier et diverses marchandises.
Le navire est presque complet pour ce voyage. Il y a comme toujours quelques célébrités parmi les 87 passagers de 1ère classe. Aujourd'hui, c'est l'acteur Lawrence Irving qui a embarqué avec son épouse. Parmi les 253 passagers de 2ème, se trouvent 170 membres de l'Armée du Salut qui se rendent en congrès à Londres. La 3ème accueille, au sein de ses 717 passagers, 300 ouvriers de l'usine d'automobiles Ford de Détroit. L'équipage de cette traversée comprend 420 membres dont six officiers.

Ce soir-là, après quelques heures de navigation et avoir descendu le Saint Laurent sur environ 300 kilomètres, il atteint Pointe-au-Père, diminue sa vitesse et infléchit sa route vers la rive droite. C'est ici le dernier point de contact avec le continent américain. On y embarque les derniers sacs de courrier amenés par Lady Evelyn, le bateau postal venu à couple. Après avoir pris congé des officiers à la passerelle et prodigué les traditionnels voeux de bon voyage, Abélard Bernier, le pilote, à bord depuis Québec, descend à bord du bateau-pilote Eureka et quitte le transatlantique qui, pour poursuivre son voyage, doit reprendre le chenal de navigation. La vigie signale la présence d'un navire en sens inverse. Il n'y a là rien d'exceptionnel et la manoeuvre à effectuer est simple : les deux navires se croiseront "vert sur vert" c'est à dire que chacun présentera à l'autre son flanc tribord.

Mais, subitement, les conditions deviennent mauvaises et le navire est entouré d'une épaisse couche de brouillard. Le commandant Kendall fait alors mettre "Arrière toute" afin de stopper la marche du paquebot et signale sa présence par des coups de sifflet comme cela est la norme dans de telles conditions. Brutalement, à l'occasion d'une brève éclaircie, Kendall voit le charbonnier arriver doit sur son navire par tribord. Il tente le tout pour le tout et fait mettre "En avant toute", espérant, qu'ainsi, le charbonnier passera sur son arrière. Malheureusement, un coup sourd et des vibrations dans la coque du paquebot apprennent à Kendall que sa tentative a échoué ; le transatlantique vient d'être éperonné sur tribord par le charbonnier norvégien Storstad qui remonte le fleuve, commandé par le capitaine Thomas Andersen. Il est 1 heure 55, nous sommes le 29 mai 1914, la plus grande catastrophe de l'histoire maritime canadienne se déroule maintenant. En effet, après avoir percuté le paquebot de façon presque perpendiculaire, la proue du charbonnier, sous l'effet de la vitesse du liner, ressort de la plaie qu'elle a créée, laissant ainsi une brèche par laquelle l'eau n'a plus qu'à pénétrer. Ceci explique la rapidité avec laquelle le drame se déroule et donc le nombre élevé de victimes. Les efforts du commandant Kendall pour amener le paquebot sur une rive et l'y l'échouer sont vains. L'eau glacée du printemps canadien continue à s'engouffrer. Par manque d'énergie (les machines sont noyées), c'est rapidement l'obscurité qui règne à bord, rendant encore plus difficile l'évacuation ; seules quelques embarcations de sauvetage peuvent être mises à l'eau pendant que le navire s'incline lourdement sur tribord. Malgré les efforts du commandant, de l'équipage du Storstad et l'intervention des bateaux Eureka et Lady Evelyn, rapidement venus de la côte à la suite du seul message de détresse lancé par TSF, ce sont 1 012 personnes sur les 1 477 embarquées qui périssent dans les eaux du Saint Laurent en quinze minutes. Les autres sont recueillies à bord du charbonnier avant d'être hébergées par les habitants de Rimouski et rapatriés à Québec par train spécial. Par la presse qui relate la catastrophe, le monde européen découvre les noms inconnus et chantants de Pointe au Père, Sainte-Luce et autres localités gaspésiennes. Mais ici on ne peut incriminer les glaces, il n'y a pas eu l'iceberg meurtrier, il n'est pas question de vitesse, de Ruban Bleu ou de "navire insubmersible", seulement d'une vague de brouillard provoquant une nouvelle catastrophe maritime, d'une collision... Une enquête difficile (comment ne le serait-elle pas ?) menée par Lord Mersey, le même qui avait présidé la commission d'enquête sur le naufrage de Titanic, conclura à la responsabilité des deux commandants. Que reste-t-il aujourd'hui de l'Empress of Ireland et de son naufrage ? Son épave, bien sûr, qui repose sur le fonds du St Laurent, à une quarantaine de mètres de profondeur, à une dizaine de kilomètres de Pointe au Père et qu'une bouée installée par l'administration maritime signale à la navigation. Afin d'éviter son pillage, l'épave est maintenant protégée par un classement au ministère de la Culture et des Communications du Québec. C'est au site historique maritime de la Pointe-au-Père, à Rimouski, dans deux bâtiments évoquant les deux navires, que sont rassemblés un grand nombre d'objets et de pièces provenant de l'épave ainsi que des clichés d'époque Dans le cimetière de Métis-sur-Mer, petite bourgade voisine où sont enterrées plusieurs victimes, un monument force le souvenir.




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15 mars 2011

23 mars 1911 : naufrage du Yongala


Le Yongala est maintenant plus connu pour être un site de qualité pour les amateurs de plongée sous-marine que pour le souvenir laissé dans l'histoire maritime.

Il était pourtant, selon les journaux de l'époque, l'un des plus beaux navires à naviguer entre les ports australiens. L'Adelaide Steamship Company, fondée en 1875, en avait passé commande au chantier de Newcastle upon Tyne. Il avait été lancé le 29 avril 1903. Mis en service dans l'année, il navigue entre Sydney, Melbourne, Adelaïde et les ports de l'ouest australien. En 1906, il est le premier navire à effectuer une liaison directe entre Brisbane et Fremantle, deux ports distants de 5 000 kilomètres. Au cours de l'hiver austral, il dessert la ligne Melbourne - Cairns, plus active en cette saison.


C'est sur cette ligne qu'il va effectuer son dernier voyage. Le paquebot quitte Melbourne le 11 mars 1911 sous les ordres du commandant William Knight, 62 ans, officier chevronné et bien connu de la compagnie qu'il sert maintenant depuis 14 ans. Il a à son bord 72 passagers seulement. Brisbane est atteinte le 20 mars comme prévu. Les opérations de chargement s'y déroulent également comme prévu, c'est un voyage banal que le Yongala s'apprête à poursuivre. L'escale suivante, Mackay, est atteinte le 23 mars au matin. Après avoir passé quelques heures à quai, Yongala appareille avec 122 personnes à bord (dont 49 passagers) pour Townsville. Il doit y parvenir le 24 mars au petit matin.Sans le savoir (car le navire ne dispose pas encore de la TSF qu'il était prévu d'installer prochainement à bord), le capitaine Knight se dirige vers un cyclone approchant par le sud-est. Personne ne verra plus le Yongala dont on estime qu'il a été perdu dans la nuit du 23 au 24 mars. Il est déclaré officiellement manquant le 26 mars. Les recherches mises en œuvre n'apporteront aucun renseignement. Petit à petit, la mer amènera des débris du navire sur les plages mais aucun corps ne sera jamais retrouvé hormis celui de Moonshine, un cheval embarqué à Brisbane. Il s'agit là de l'un des plus graves accidents connus par la marine marchande australienne qui donna lieu à de nombreuses cérémonies et commémorations dans les villes et villages de la côte.

En juin 1947, le HMAS Lachlan, navire hydrographique de la marine australienne vint enquêter sur un obstacle à la navigation qui avait été signalé en 1943 par un mouilleur de mines à 11 milles dans l'est du cap de Bowling Green. Mais aucune conclusion n'avait alors été portée. C'est en 1958 que des plongeurs remontèrent un coffre ultérieurement identifié comme celui installé dans les locaux du commissaire du Yongala.

La localisation de l'épave, à proximité du centre de la grande barrière de corail lui vaut d'être fréquemment visitée par des plongeurs. Quelques objets provenant du paquebot sont exposés au musée de la marine de Townsville.






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17 février 2011

Paquebot Colombie de la Cie générale transatlantique

Le paquebot Colombie, construit à Dunkerque par les Ateliers & chantiers de France pour la Compagnie générale transatlantique, fut lancé le 18 juillet 1931 pour desservir la ligne des Antilles.
Bien qu'il ne soit pas affecté à la ligne la plus prestigieuse de la compagnie (Le Havre - New York), il est un navire élégant et confortable dont les passagers conservent un souvenir agréable. Il navigue également dans des eaux plus froides puisque desservant à partir de 1937 la ligne Le Havre - Leningrad, toujours bien sûr, pour le compte de la Transat. De même, il effectue en été plusieurs croisières sur des itinéraires variés.

Vacances d'hiver aux Antilles et sur le continent latino-américain
par Colombie de la CGT. Le paquebot possédait alors encore ses deux cheminées qu'il devait perdre en septembre 1948. Affiche dessinée par E. Kealey (vers 1935)
et destinée à la clientèle britannique. (coll. agence Adhémar)


Durant la guerre, il servira comme transport de troupes pour la campagne de Norvège au printemps 1940 et le rapatriement des Français de Syrie en 1941 avant d’être utilisé par les États-Unis en 1944. Il devient alors navire-hôpital de l’U.S. Army sous le nom de Aleda E. Lutz (du nom d'une infirmière militaire américaine particulièrement active et décédée au cours d'une intervention). Il effectue deux voyages entre les U.S.A. et l’Europe puis est transféré dans le Pacifique.

Restitué à la compagnie française en avril 1946, il est remis en état par les chantiers néerlandais de Schelde à Vlissingen. Il en ressort avec une silhouette modifiée par la suppression d’une cheminée et retrouve en novembre 1950 la ligne des Antilles après avoir repris son nom initial.

On le verra également, de temps à autre, effectuer des rotations sur la ligne Bordeaux - Casablanca. En 1964, après sa vente à l’armement grec Typaldos, il devient Atlantic puis Atlantica avant d’être démoli en 1974.







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5 février 2011

23 décembre 1963 : naufrage du paquebot Lakonia

Le navire qui fit l'actualité de la fin de l'année 1963 est plus connu sous son dernier patronyme de Lakonia que sous celui de Johan van Oldenbarnevelt qu'il porta initialement. Comme beaucoup de paquebots historiquement importants, il connut plusieurs vies, servit plusieurs maîtres et traversa plusieurs conflits. Certains diront "c'était un vrai navire" qui vécut plus de trente ans d'une riche carrière.


Avec son sister-ship, Marnix van Sint Aldegonde, il fut le plus grand (185,4 mètres de long, 22,8 mètres de large, 19 040 TJB) et le plus luxueux paquebot néerlandais de l'entre-deux guerres à desservir la ligne des colonies néerlandaises orientales de la Stoomvaart Maatschappij Nederland (Nederland Line). Ses installations pour 720 passagers comportaient quatre classes et un grand nombre de cabines pouvaient être utilisé de façon alternative. Son équipage était constitué de 360 membres. Des artistes renommés avaient participé à sa décoration et son confort était, pour l'époque, particulièrement étudié. Mais le navire était également destiné au transport des marchandises à acheminer vers la métropole européenne. Il pouvait embarquer 9 000 tonnes de marchandises diverses, réparties dans sept cales. Ses capacités de transport sont donc à la fois importantes et adaptées aux routes à traverser en particulier quant à la température ambiante qui subit de grandes variations au cours de ses longs voyages.


Construit aux chantiers Nederlandsche SB Mij. d'Amsterdam, le navire est lancé le 3 août 1929 par Mrs Tegelberg-Hooft, épouse d'un important directeur de la compagnie. Le 6 mai 1930, il effectue son premier voyage marqué, quelques heures après avoir quitté Amsterdam, par une collision avec le cargo Reggestrom dans le Nordzee Canal. Heureusement, les dégâts ne sont que mineurs et après une réparation rapide, il reprend sa route et parviendra à destination selon l'horaire prévu. Rien ne se passe lors des neuf années suivantes lors de rotations régulières entre Amsterdam et Djakarta, entrecoupées de croisières aux itinéraires variés. Mais la guerre vient ensanglanter l'Europe et le navire est transféré sur la route Djakarta – New York avant de servir de transport.

Durant le conflit, il va effectuer de nombreuses centaines de milles, transportant soldats et matériels pour le compte des forces alliées. Grâce aux transformations effectuées par le chantier Harland & Wolff au début de l'année 1941, il peut transporter jusqu'à 4 000 hommes. Enfin, en mars 1946, il retrouve le pavillon néerlandais et la route de l'Asie qu'il connaît bien mais bientôt un autre conflit va à nouveau l'en détourner. Il s'agit de celui de l'indépendance des colonies néerlandaises. Le trafic vers les colonies ne justifie plus la présence de ce grand navire sur la ligne ; il est donc transféré sur la route qui dessert l'Australie et la Nouvelle Zélande au départ d'Amsterdam. Le 2 septembre 1950, c'est le premier départ d'Amsterdam pour Sydney et l'année suivante la transformation en navires d'émigrants pour cette même ligne. Ses capacités lui permettent maintenant d'accueillir en une classe unique 1 400 passagers qui ont choisi d'émigrer de l'Europe vers l'hémisphère sud. En 1959, il faut à nouveau adapter la route. Après de nouveaux réaménagements (c'est de cette époque que date le rehaussement de ses deux cheminées et les modifications de ses mâts qui modifient fortement sa silhouette), le paquebot dessert maintenant la route circulaire Amsterdam - Suez - Australie - Nouvelle Zélande - Panama - New York - Amsterdam. Il poursuit également ses croisières dans l'hémisphère sud. Il navigue sur cette route jusqu'en septembre 1962. Au cours du mois de mars 1963, il est transféré à la Greek Line ainsi que le stipulait un acte de vente signé l'année précédente. Quelques adaptations dans un chantier génois, un nouveau nom, Lakonia sous lequel il fera l'actualité quelques mois plus tard, et voilà l'ancien paquebot de ligne transformé en paquebot de croisière à temps plein. Son nouvel armateur, Goulandris, est grec mais c'est principalement dans l'Atlantique qu'il navigue, vers les Canaries au départ de Southampton. Quelques problèmes techniques nécessitent à l'automne un arrêt aux chantiers de Southampton mais, c'est promis, le navire sera prêt pour les croisières de fin d'année. On profite de cet arrêt technique pour faire quelques modifications dans ses emménagements et sa décoration intérieure.

Le jeudi 19 décembre 1963, Lakonia quitte Southampton sous les ordres du commandant Mathias Zarbis avec son bord 646 passagers et un équipage de 376 personnes pour une croisière de onze jours. Destination l'île de Madère puis l'archipel des Canaries avec escales aux magnifiques îles de Tenerife (Santa Cruz) où l'on passera le jour de l'An et Gran Canaria (Las Palmas). Vraiment de belles escales, destinées à faire oublier l'hiver. L'arrivée à Funchal est prévue pour le lundi 23 décembre, le matin bien sûr afin de profiter de la journée.

En attendant cette escale, une soirée de fête et de chants est organisée le dimanche 22 décembre avec la participation des passagers au spectacle. Le commandant y assiste, ainsi que le veut son rôle social. Mais, peu après 23 heures, un marin arrive dans le grand salon où la fête se déroule. Certains spectateurs le voient se pencher vers le commandant et lui parler brièvement à l'oreille. Puis le commandant se lève et quitte rapidement le salon. Très peu de temps après cet incident, les premières fumées envahissent le salon, insidieusement d'abord puis de plus en plus rapidement, en provenance de la cage d'escalier toute proche. Les passagers se dirigent rapidement vers les issues de la salle et commencent à gagner les ponts ouverts. Ils y retrouvent ceux qui n'assistaient pas au spectacle et ont été alertés par des bruits inhabituels et, sortis de leur cabine, par la fumée dans les coursives. D'autres gagnent les points de rassemblement, comme durant l'exercice de sauvetage qui a eu lieu peu après le départ. Ce n'est pas encore la panique mais des cris se font entendre, la précipitation et l'anxiété deviennent perceptibles. Chacun cherche à se rapprocher des membres de sa famille ou de son groupe d'amis. On s'interpelle, on se bouscule. Les gilets de sauvetage commencent à apparaître sur les épaules de nombreux passagers. Un crédit particulier est à porter à George Herbert, le directeur de croisière. Les passagers raconteront comment ses efforts ont permis d'organiser au mieux, dans des conditions difficiles, l'évacuation et d'éviter qu'apparaissent des scènes de panique.


C'est dans la boutique du coiffeur que l'incendie vient de se déclarer. Malgré les efforts de l'équipage, qui semble peu entraîné à réagir à cette situation, le feu ne peut être maîtrisé et s'étend à l'ensemble du navire. À 23 heures 30, le radio envoie le SOS. L'ordre d'abandonner le navire est donné. Mais l'évacuation est rendue difficile par le nombre de canots de sauvetage que, en raison d'une maintenance défectueuse, il est impossible d'abaisser correctement. Ce sont près de 200 passagers qu'il est impossible d'évacuer et qui vont rester prisonniers du navire en feu. On les rassemble dans le shopping center vers l'avant car le feu s'est emparé de tout le centre du navire. Ils sont nombreux ceux qui vont sauter à l'eau pour s'échapper. D'autres descendront le long de la coque avec des cordes ou par les échelles de coupée qui ont été abaissées.


Plusieurs navires répondent au SOS. En quatre heures, le paquebot argentin Salta, en route de Gênes vers Buenos Aires est sur les lieux. Immédiatement, il met ses canots à l'eau pour recueillir le maximum de naufragés qui étaient à l'eau. Il est suivi du Montcalm, une demi-heure plus tard. Puis c'est le Charlesville, le Rio Grande, le paquebot britannique Stratheden de P & O, Mehdi, le vraquier panaméen et le bâtiement de la Royal Navy HMS Centaur qui rallient.


Des avions arrivent également, qui vont larguer sur le site des canots gonflables, des vivres et des kits de survie. Surtout, ils vont rechercher d'éventuels survivants que le courant aurait éloigné de l'épave. Et ils en retrouveront, certains éloignés de plusieurs kilomètres. Mais ils trouveront également, flottant sur l'eau, des corps sans vie. Malgré plusieurs explosions, les membres de l'équipage du Charlesville monteront à bord du Lakonia encore en feu pour s'assurer qu'il n'y a plus personne à bord. Ils ramèneront le commandant Zarbis qui sera le dernier homme à quitter le navire.

Au lever du jour, ceux qui sont encore sur place ont la triste vue de la fumée s'échappant en plusieurs endroits des restes d'un beau navire qui gîte sur tribord. Éclatée, la peinture de la coque tombe sur l'eau calme par grands lambeaux.

Le 24 décembre, la carcasse fumante du navire est prise en remorque par le remorqueur de sauvetage Herkules afin de le ramener à Gibraltar. Mais cette tentative se solde par un échec : le navire coule le 29 décembre au large de Gibraltar.

Inévitablement une enquête va s'ensuivre sur le naufrage et ses causes. Elle va être longue et fera apparaître des lacunes dans les équipements de sauvetage et la gestion du drame qui aura fait 98 morts parmi les passagers et 30 parmi l'équipage. Néanmoins, bon nombre de passagers attesteront du courage et du travail des hommes d'équipage.



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26 janvier 2011

Empress of Asia


Spécialement conçu pour la ligne asiatique de la Canadian Pacific, le paquebot Empress of Asia, construit à Glasgow, est lancé le 23 novembre 1912 puis livré à la compagnie au mois de mai suivant. Il peut entrer en service le 14 juin 1913. Il est donc placé sur la ligne trans-Pacifique Vancouver - Yokohama. Il servira de transport de troupes au cous des deux conflits mondiaux.

C'est dans ce rôle qu'il subit le 5 février 1942 une attaque aérienne au large de Singapour. C'est le naufrage de cet élégant paquebot.







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7 janvier 2011

Le naufrage du Morro Castle



Parmi les paquebots de la Ward Line, Morro Castle est certainement le plus célèbre mais pour une bien triste raison, celle de sa perte par incendie en septembre 1934.

Le Morro Castle est un beau navire, spécialement destiné à cette ligne. Il a été lancé le 5 mars 1930 par les chantiers de Newport News en Virginie pour un coût estimé à US$ 5 millions, son armateur bénéficiant des subventions de l'état américain pour relancer l'économie mise à terre par la crise de 1929. Le navire porte le nom de la célèbre citadelle qui veille sur l'entrée du port de La Havane depuis 1589. Son sister-ship, Oriente, ne sera pas retenu par l'histoire et ne restera dans la mémoire que de quelques passionnés de navires. Les deux paquebots apparaissent comme les plus belles unités de la flotte de la compagnie qui détient la convention du transport du courrier à destination de Cuba.



Le départ du voyage inaugural a lieu le 23 août 1930. Même si la date n'est pas favorable en raison de la crise économique qui secoue le pays, les voyages du paquebot vont permettre à certains Américains d'oublier pendant une semaine les problèmes économiques. Ses dimensions ne sont pas celles d'un transatlantique mais ses locaux confortables et la décoration est recherchée. Calquée sur celle de certains navires européens très appréciés de la clientèle américaine, elle comprend un salon de style Louis XVI, un fumoir Renaissance et un salon Empire. Le bois, omniprésent dans sa décoration et son mobilier, donne une sensation d'environnement confortable voire luxueux, comparable à celui d'un yacht privé. Les passagers gardent généralement un bon souvenir de leur passage à bord d'un beau navire. C'est particulièrement vrai en ce début des années trente ; les effets de la récente crise économique qui a mis le monde à plat commencent à s'estomper, ce voyage d'une semaine au départ de New York est l'occasion pour beaucoup de ses passagers de voir se concrétiser le retour à une vie normale. Cette croisière au départ de New York vers La Havane (qui est la seule escale) se déroule toutes les semaines. Enfin, quelques mots de technique pour préciser que les deux machines General Electric du navire lui procurent une puissance de 16 000 CV et lui permettent d'atteindre la vitesse de plus de 20 nœuds.

Le navire a quitté La Havane le 4 septembre pour gagner New York ainsi qu'il le fait régulièrement depuis sa mise en service en août 1930. Pour ce voyage, se trouvent à son bord 318 passagers, pour la plupart des touristes et 240 hommes d'équipage. Hier soir déjà, le 7 septembre, lors du voyage de retour, s'était produit un événement exceptionnel dans l'histoire de la marine : le capitaine Robert Wilmott avait été trouvé mort dans sa salle de bains. Le décès de cet officier de 55 ans n'avait pas manqué de laisser les rares personnes s'interroger au courant mais la conclusion d'un décès pour raison cardiaque semblait les satisfaire. Le commandement avait donc échut au second, Williams Warms, à bord depuis un an, bon officier, expérimenté (ayant passé 35 ans à la mer après avoir commencé comme novice) mais dont on dit (et ses antécédents maritimes semblent le prouver) qu'il n'est pas très à cheval sur les points de règlement concernant la sécurité à bord.

Hormis cet événement tragique, la marche du navire se déroule sans problème malgré le fait qu'une chaudière ait été mise à l'arrêt, à environ 20 nœuds, et l'horaire est respecté malgré la pluie importante et une mer qui forcit d'heure en heure. Le navire devrait atteindre le port de New York d'ici une douzaine d'heures. Pendant ce temps, les passagers se préparent à assister au dernier dîner de la croisière et à profiter de leur dernière soirée à bord. Peu après minuit, les premières lumières de la côte du New Jersey deviennent visibles, comme pour annoncer que la fin du voyage et maintenant très proche. A deux heures, le nouveau commandant est encore à la passerelle malgré l'heure tardive et en la quittant, il décide de faire le tour de ce navire dont il a maintenant la responsabilité. Quelques passagers sont encore debout, certains sous les effets de cet alcool dont ils vont à nouveau être privés dans les heures qui viennent. Warms, à part cela, ne remarque rien de particulier. Revenu à sa cabine, il est rapidement informé qu'un départ de feu a été remarqué au salon d'écriture. Logiquement, il envoie un homme sur place pour faire le point de la situation. Celui-ci détermine l'origine de l'incendie : un réduit du salon d'écriture. Malgré son apparente innocuité, le feu résiste aux tentatives de l'officier de l'éteindre au moyen de l'extincteur dont il s'est muni. Rapidement, le feu prend de l'importance, aidé dans sa propagation par les boiseries de la décoration. L'alerte est donnée parmi l'équipage, des hommes arrivent sur les lieux mais les quelques lances à incendie mises en action ne bénéficiant que de peu de pression (en raison de la chaudière arrêtée), les incendies se propagent ; les flammes et la fumée commencent à envahir plusieurs parties du navire. C'est maintenant dans tout le navire qu'il faut lutter mais le combat est rendu difficile toujours par ce manque de pression dans les conduites mais aussi par le temps nécessaire à la mise en œuvre de conduites qui avaient été verrouillées afin d'éviter qu'elles ne deviennent un instrument de jeu pour certains passagers trop alcoolisés comme cela avait déjà été le cas lors d'un précédent voyage.

A la passerelle, où aucun signal d'alerte n'a retentit, le commandant décide alors de diriger le navire vers la côte du New Jersey. Mais le vent attise l'incendie qui ravage maintenant plusieurs ponts , la fumée s'insère partout y compris dans la salle de radio où les deux opérateurs attendent les ordres. Beaucoup de choses seront dites ultérieurement sur les deux hommes, en particulier sur le responsable du service George White Rogers pour lequel on parlera de "psychopathie" et de passé délictueux. Son second, George Alagna, aurait quant à lui été un agitateur social. Quoi qu'il en soit, ils firent plusieurs tentatives pour joindre la passerelle et demander des ordres, soit en s'y rendant soit en cherchant à la joindre téléphoniquement. Toutes les tentatives furent vaines. Pendant ce temps, la cabine radio subit de plus en plus de dégâts créés par la chaleur qui y devient insupportable et émanations gazeuses provenant des batteries des appareils. Enfin, à 3 heures 20, le message de détresse est envoyé



Bien qu'aucune annonce officielle n'ait été faite, les passagers, dont la fumée et le bruit ont attiré l'attention commencèrent à se rassembler sur les ponts. Les scènes de panique commencèrent avec les cris des passagers certains se mettent à prier ou à chanter, d'autres invectivent les quelques hommes d'équipage présents qui n'ont reçu aucun ordre et parfois même ne comprennent pas l'anglais des passagers. La panique gagne également certains marins ; les passagers réclament des gilets de sauvetage que les marins ne peuvent fournir, les embarcations de sauvetage fonctionnent mal ou pas du tout. Certaines sont abaissées par les passagers eux-mêmes et donc dans de mauvaises conditions. Des passagers commencent à sauter par-dessus bord

Dans la nuit, les flammes émergeant du Morro Castle sont aperçues de plusieurs endroits. De terre d'abord par un poste d'observation de l'US Coast Guard. Mais depuis la mer également. Cela explique que, même si aucun message de détresse n'a encore été envoyé du navire en détresse, plusieurs autres navires qui naviguent à proximité sont déjà informés de l'accident.



Plusieurs navires se détournent de leur route pour se diriger rapidement vers les lieux du sinistre. Le cargo Andrea Luckenbach est le premier à y parvenir. Il est alors 4 heures 30. Immédiatement, ses canots sont descendus à l'eau et recueillent une vingtaine de passagers qui avaient sauté des ponts ou même des hublots de leur cabine. Le paquebot Monarch of Bermuda, de la Furness Line, en recueille peu après 71. Parmi les autres navires qui portent secours se trouvent le President Cleveland, le City of Savannah, le cutter Tampa de l'US Coast guard et le destroyer USS Chester. Arrivent également sur place des bateaux venus de terre. Le premier d'entre eux, le Sea Girt lui aussi de l'USCG, qui avait été envoyé dès que les flammes du Morro Castle avaient été aperçues du rivage. Il recueille 70 personnes qui sont rapidement transférées sur l'Andrea Luckenbach. D'autres petites embarcations se lancent également dans le sauvetage depuis le bord, chacun ramènera quelques survivants

Le commandant Warms accepte la proposition du commandant du Tampa de tenter le remorquage du paquebot. Mais de nombreuses difficultés sont à résoudre. Le paquebot en détresse va être pris en remorque par le Tampa, cutter de l'US Coast Guard. Mais il faut du temps pour cela, pour mettre la remorque en place. Enfin c'est chose faite et le remorquage peut commencer sur une mer qui ne s'y prête pas tant elle est violente et le cutter peu adapté à cette tâche. Mais finalement, après que la remorque ait cassé, la carcase encore fumante du paquebot va 'échouer sur la plage d'Asbury Park. C'est là que ds hommes montés à bord pourront inspecter le navire. Il y trouveront les corps ds officiers restés à bord et des 134 morts qui n'ont pu quitter le navire à temps.





Malgré les apparences que la compagnie laissait régner, le Morro Castle n'était pas un " navire heureux ". En particulier, de nombreux membres de l'équipage se plaignaient des conditions de travail et d'un salaire parfois inférieur aux règles de la profession. Seule la difficulté à trouver un emploi durant cette époque économiquement troublée les faisait rester à bord. Plusieurs membres d'équipage n'hésitaient d'ailleurs pas à faire connaître leur mécontentement : parmi ceux-ci figure l'opérateur radio Georges Alagna, d'autres profitaient de ces voyages pour faire de la contrebande d'alcool en ces temps où la prohibition régnait sur le territoire des états-Unis. Et bien entendu, comme dans tout rassemblement humain, il faut faire avec les mésententes et rivalités entre les hommes comme par exemple entre Warms le commandant récememnt promu et Abbott le chef mécanicien.

Après avoir envisagé de nombreuses hypothèses, dont certaines faisant été des rumeurs que nous verrons plus loin, l'enquête officielle, qui se déroula le 10 septembre, aboutit simplement à la conclusion d'un incendie accidentel par la combustion spontanée de solvants utilisés pour l'entretien du navire. Les conséquences de l'incendie ayant été aggravées par le retard à donner l'alerte et la mauvaise gestion de l'équipage dans le domaine des interventions d'urgence. Deux officiers, Warms, le commandant et Abbott, le chef-mécanicien, furent poursuivis devant un grand jury pour négligence envers les devoirs de leur fonction. La condamnation d'emprisonnement qui fut prononcée sera annulée en appel.

Tous les naufrages de grands paquebots ont fait l'objet de récits discordants faisant intervenir des éléments non contrôlables. Il est toujours facile a posteriori de rappeler que tel ou tel a fait état d'une prémonition ou qu'une lettre annonçant un imminent désastre avait été reçue au siège de la compagnie. C'est souvent le cas après une catastrophe. Ainsi le Morro Castle n'échappa pas à de telles rumeurs : avant de mourir le commandant avait prévenu son second qu'il sentait que quelque chose allait se produire

Et puis n'y avait-il pas déjà eu un incendie à bord lors d'un voyage précédent qui avait été attribué à des agitateurs communistes ? ou peut-être à un incendie d'explosifs entreposés dans cette cale ? de même, il a été dit que certains marins se livraient à un trafic d'armes. Certains soutiennent que le commandant Wilmott avait été informé par la police cubaine peu avant l'appareillage qu'un attentat devait avoir lieu à bord et que sa propre vie était en jeu. C'est vraisemblablement pour cette raison qu'il n'apparut que peu au cours de la traversée, donnant la plupart de ses ordres par téléphone. Sont néanmoins surprenants ses ordres de débrancher le système de détection de fumée et d'annuler l'exercice de sauvetage… le comportement du chef mécanicien Abott n'est pas non plus sans poser de questions. Pourquoi cet officier expérimenté se retrouve-t-il, au beau milieu d'une vrie situation d'urgence, en uniforme sur la passerelle au moment où il serait plus utile auprès de ses machines? Comment se fait-il qu'on le verra monter parmi les premiers dans un canot de sauvetage, qu'entouré d'autres membres d'équipage, il ordonnera d'affaler

L'origine de l'incendie a bien sûr fait elle aussi l'objet de spéculations y compris l'hypothèse de l'incendie criminel allumé par un officier dont la compagnie ne savait pas reconnaître les mérites… Aucune cause précise et certaine n'a jamais été avancée pour expliquer l'embrasement de ce placard de la salle de lecture, même si le stockage du "Lyle gun" (matériel destiné à permettre une évacuation rapide par filin et utilisant une petite charge explosive) a joué un rôle initiateur ou aggravant.

Au moment de dresser le bilan définitif, on retient le chiffre de 134 morts (dont 90 passagers). Le fait que le navire s'échoua sur la côte du New Jersey joua un grand rôle dans le caractère spectaculaire de l'accident. Il est en effet exceptionnel que le grand public puisse voir de ses propres yeux la coque calcinée d'un grand paquebot gisant sur une plage à marée basse. Celle du Morro Castle restera plusieurs mois sur la plage d'Asbury Park, devenant l'objet de promenades familiales et subissant les effets du vent et de la mer. Il faudra attendre plusieurs mois avant que l'épave ne soit renflouée puis remorquée vers Baltimore et démolie.





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28 octobre 2010

Paquebot "La Provence" de la Compagnie générale transatlantique



Le cinquantième anniversaire du paquebot France et l'ouverture dans quelques mois de l'exposition qui lui sera consacrée au musée de la marine de Paris ne doit pas faire oublier les autres paquebots de ligne Le Havre - New York dont certains marquèrent, eux aussi, leur époque. Parmi eux figure La Provence.

En ce début de XXème siècle, la guerre de la vitesse est déclarée sur l'Atlantique nord et elle est alors remportée par les armements allemands. Mais la Compagnie générale transatlantique ne veut pas se lancer dans cette compétition onéreuse. Ses armes seront autres : confort des installations, aménagement des volumes, art de vivre sont des réponses inédites, même en première classe. Citons en particulier la rédaction et la distribution quotidiennes à son bord des premiers numéros du journal "L'Atlantique" qui informe les passagers des dernières informations mondiales. Et ce sont bien des "nouvelles" puisqu'elles viennent d'être reçues à bord par "télégraphie sans fil", ce nouveau système de communications dont le navire est le premier équipé. Il y a également ces petites tables de la salle à manger qui rompent avec la tradition de la longue table impersonnelle. Et encore une bibliothèque et une salle de gymnastique…

Construite par les chantiers de Penhoët à St-Nazaire, La Provence est lancée le 21 mars 1905 et livrée à son armateur en avril 1906. Avec ses 191 mètres de long, c'est le plus grand paquebot français qui quitte Le Havre le 20 avril 1906 pour son voyage inaugural vers New York. Il s'illustra le 31 mai 1906, en établissant le record de vitesse de traversée entre New York et Plymouth, contre le Deutschland de la Hamburg Amerika Linie. Cette victoire, même si elle n'était pas recherchée par la compagnie, permit à la Transat de reprendre pied sur le marché de la clientèle internationale de l'Atlantique nord.

Malheureusement, la carrière du beau navire est interrompue par la guerre. En août 1914, La Provence est réquisitionné et aménagé en croiseur auxiliaire. Un cuirassé portant le même nom, elle devient Provence II. C'est alors les patrouilles en Méditerranée et les transports de troupes vers le front d'Orient. Il finit sa carrière en Méditerranée, torpillé, le 26 février 1916, par le sous-marin allemand U 35, à l'ouest de l'île grecque de Cerigo. Le naufrage fera plus de 900 disparus. La citation à l'Ordre de l'Armée précise : "Le croiseur auxiliaire Provence II, torpillé le 26 février 1916 en Méditerranée, a disparu avec une partie de son équipage qui a fait preuve, jusqu’au dernier moment, du plus grand courage et du plus grand sang-froid".





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14 août 2010

Le paquebot polonais Batory (1935)


Avant la seconde guerre mondiale, la Pologne possédait, comme les autres pays d'Europe, sa compagnie nationale de navigation pour laquelle le trafic transatlantique représentait une part importante tant sur le plan financier que sur celui du prestige. Créée en 1930 par l'état polonais sous le nom de Polska Zegluga Morska (Polskie Linie Oceaniczne), elle était connue en Europe de l'ouest et aux États Unis comme la Gdynia America Line puis, à partir de 1950, la Polish Ocean Line. Sa ligne principale desservait New York, au départ de Gdynia avec escales à Copenhague et au Canada (les ports variant en fonction de la saison).

C'est logiquement pour cette liaison que la compagnie fit construire ses deux plus beaux navires, les jumeaux Pilsudski et Batory, tous deux aux Chantiers réunis de l'Adriatique, à Monfalcone, en Italie.

Le premier navire de la paire n'eut qu'une brève existence. Lancé le 19 décembre 1934, il assura son premier départ du port de la Baltique le 15 septembre 1935. Placé sous gérance britannique dès le début des hostilités pour assurer des transport de troupes, il coule le 26 novembre 1939 après avoir heurté une mine au large de l'embouchure de la Humber lors d'un voyage Newcastle - Australie.

Heureusement, son frère connaîtra une existence plus longue, ce qui ne veut pas dire plus paisible.



Lancé le 3 juillet 1935, Batory assure son premier départ le 18 mai 1936. L'arrivée devant Manhattan du nouveau navire aux cheminées jaunes ornées d'un bandeau rouge est fêtée comme il se doit. Les traversées suivantes se déroulent sans problème et le navire devient l'un des habitués des piers new-yorkais. La réussite est au rendez-vous, bien que des incendies de faible importance déclarés dans la salle des machines troublent parfois la quiétude des traversées.

Ces années calmes prennent fin avec la guerre en Europe. Le navire arrive à New York le 5 septembre 1939, la nation dont il porte le pavillon est envahie, la guerre a éclaté en Europe. Comme beaucoup d'autres, le beau paquebot va faire son devoir.



Sous pavillon britannique et géré par Lamport & Holt, il transportera des milliers de soldats d'un point du globe à l'autre. Dans un premier temps, il reste sur la côte est-américaine puis gagne la Clyde à la fin de l'année. Il y est aménagé en transport de troupes. Le début de l'année 1940 le voit en Méditerranée, avant qu'il ne retourne à Liverpool en février puis participe à l'opération de Norvège en avril et mai 1940. À son retour, il participe en juin 1940 à l'évacuation des troupes françaises depuis les ports atlantiques (neuf autres navires polonais participent à l'évacuation des Polonais et autres alliés, bloqués sur le territoire français en 1940 : Sobieski, Batory, Wilno, Katowice, Rozewie, Korman, Chorzow, Poznan, Oksywie et Korman). Mais c'est au cours du mois de juillet que va se dérouler l'épisode le plus insolite de cette période.

La Pologne a une histoire particulièrement dense. Au fil du temps, des trésors ont été accumulés dans ses musées, en particulier à Cracovie. Après l'invasion allemande, il apparut urgent de mettre certaines de ces œuvres d'art à l'abri de la convoitise de l'occupant. Parmi les trésors se trouvent le Szczerbiec (le sabre utilisé lors des cérémonies de sacre des rois de Pologne de 1320 à 1764, des tapisseries précieuses, un exemplaire d'une bible de Gutenberg (la Pelplin Bible) ainsi que des autographes musicaux de Frédéric Chopin, jugés particulièrement précieux par les musicologues. À tout cela, s'ajoute une cargaison d'or de la banque de Pologne. Un incroyable voyage commence qui utilisera bon nombre de moyens de transport (péniches pour remonter la Vistule, trains, camions…) afin d'apporter le trésor en Roumanie, alors neutre. Il ne s'agit là que d'une étape, la prudence voulant que les œuvres soient encore éloignées. C'est pourquoi on leur fait gagner le port de Constantza sur la mer Noire. Elles y embarquent sur le cargo roumain Ardeal à destination de Malte puis finalement de Marseille, atteint en janvier 1940. Durant quatre mois, les trésors sont à Aubusson, mais la France va tomber à son tour. Le périple des œuvres d'art reprend, à destination de Bordeaux où elles sont embarquées le 17 juin 1940 sur le cargo polonais Chorzow afin de leur faire gagner Falmouth. Il faut maintenant leur faire traverser l'Atlantique car le gouvernement canadien a donné son accord pour en assurer la conservation tant que durera le conflit. Après un bref séjour à l'ambassade polonaise de Londres, c'est par train qu'ils gagnent Greenock. C'est logiquement au Batory que revient la mission de transporter les trésors de son pays. Le 4 juillet 1940, Batory quitte Greenock sous forte escorte de la Royal Navy. À l'issue d'une traversée calme, il parvient à Halifax le 12 juillet 1940. Là aussi le débarquement de la cargaison se fait, comme on peut l'imaginer, sous haute surveillance. C'est par train que le voyage s'achève à Ottawa. Le trésor est en sécurité; il va rester au Canada pendant de nombreuses années avant de revoir la Pologne.

Par la suite, revenu en Europe, Batory va sillonner toutes les mers transportant des troupes canadiennes, néo-zélandaises, britanniques. Ainsi, il participe activement aux préparatifs des actions méditerranéennes en 1942. En 1944, le général de Lattre de Tassigny, commandant l’armée B et son état-major, ainsi qu’une compagnie de transmissions, voyageront sur le Batory (qui porte la marque du général en tête de mât), avant de débarquer sur les plages provençales.

Enfin, la paix revient. Pour Batory, le retour à la vie civile ne se fait qu'en 1946, il retrouve son pavillon d'origine. Reconverti en paquebot à Anvers, il retrouve aussi des installations confortables et peut reprendre son service transatlantique au départ de Gdynia en avril 1947. Mais les choses ne sont plus comme avant, les conditions politiques européennes ont été modifiées. La guerre est toujours mondiale mais plus insidieuse ; on l'appelle maintenant "guerre froide". À New York, quelques incidents se produisent. Lors de certaines escales, les dockers, ne voulant pas servir un navire portant un pavillon du bloc de l'est, refusent de décharger le navire. De même, il est parfois difficile pour la compagnie d'y trouver des ouvriers pour effectuer quelques réparations.

Pour mettre fin à ces problèmes (qui ne donnent pas l'image voulue par la compagnie), le port de New lui est interdit. Batory est transféré sur la route de l'Inde (Gdynia - Southampton - Suez - Bombay - Karachi). Le premier départ a lieu le 18 août 1951. Mais la crise de Suez en 1956 et la fermeture du canal lui valent un nouveau changement d'affectation. Après un nouveau réaménagement de ses installations, il reprend, au mois d'août 1957, la route de l'Amérique mais à destination du Canada cette fois, sur la ligne Gdynia - Copenhague - Southampton - Québec - Montréal (ou Halifax en hiver). Les années qui passent et l'arrivée d'un moyen de transport plus rapide ont raison du paquebot. À partir de juin 1969, il est utilisé comme hôtel flottant dans le port de Gdansk puis deux ans plus tard, à l'issue d'une carrière mouvementée, le vieux navire parvient à un chantier de démolition de Hong Kong le 11 mai 1971.





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10 août 2010

17 août 1950 : voyage inaugural du paquebot Liberté


Le 17 août 1950, un nouveau navire de la Compagnie générale transatlantique prend au Havre le départ de son voyage inaugural vers New York. Il a la particularité d'avoir été lancé en août 1928 et d'avoir déjà servi sur l'Atlantique Nord mais pour une autre compagnie, allemande, le Norddeutscher Lloyd. Depuis, la guerre a ravagé l'Europe et refondu les économies des nations. Il a fallu faire du neuf avec ce qui a pu être récupéré. Ainsi de ce navire à l'histoire mouvementée.

Au milieu des années vingt, la commande de deux navires Bremen et Europa à la silhouette quasiment identique marque la volonté de l'Allemagne et du Norddeutscher Lloyd de revenir sur la scène maritime internationale après la signature jugée humiliante du traité de Versailles. Des deux frères, Europa est l'aîné, lancé le 15 août 1928 par le chantier Blohm & Voss de Hambourg. Cependant un grave incendie survenu en mars 1929, pendant sa période d'armement, retarde sa mise en service entre Bremerhaven et New York. Mais c'est pour mieux triompher : il remporte le record de vitesse de la traversée de l'Atlantique dès sa première traversée dont le départ a enfin lieu le 19 mars 1930.

Les deux frères Bremen et Europa sous pavillon allemand en 1930 (image Bundsarchiv)

Il s'agit là de sa seule traversée victorieuse mais il reste un fidèle de la ligne jusqu'à l'éclatement du conflit de 1939 auquel il ne participe que de loin : il sert de dépôt de la Kriegsmarine dans les ports allemands. En 1945, saisi, il prend le pavillon américain et le nom de USS AP 177 Europa pour rapatrier les soldats vers les USA. Il ne doit plus servir le pavillon allemand ; il est attribué à la France en 1946 au titre des dommages de guerre. Logiquement, c'est la "Transat" qui en hérite pour compenser, si possible, la perte de Normandie. Le 14 juillet 1946, un mois après son retour en Europe, il est officiellement baptisé Liberté. La date est symbolique, le nom ne l'est pas moins à l'issue de la période trouble qui vient de s'achever. Mais surtout, proche de sa traduction anglaise, il est facile à prononcer pour la clientèle américaine qu'il s'agit de capter à nouveau. On aurait pu penser les péripéties terminées pour ce paquebot. Loin de là…

Le 8 décembre 1946, au Havre où le navire est mouillé au milieu d'un bassin, le vent souffle fort, très fort. Si fort que, les amarres rompues, le paquebot dérive et aborde l’épave de Paris, qui depuis 1939 n'a pas encore été relevé. S'ensuit une brèche sous la ligne de flottaison. Le navire s'enfonce. Son renflouement, opération toujours délicate, va durer plusieurs semaines, de janvier à avril 1947. Puis c'est le voyage vers St Nazaire et les Chantiers de Penhoët pour y subir une refonte longue et complète : changement des chaudières, renforcement de la coque, installation d'une nouvelle décoration…

Le grand salon

Le fumoir de première classe

Le salon bibliothèque

Café de L'Atlantique

La chapelle de première classe

La piscine
La salle de spectacle,
le salon de musique de première classe.


Après plus de deux ans de travaux, commence ce 17 août 1950 une seconde carrière. Menée avec Île de France comme compagnon de route, elle se déroule dans le calme de la paix retrouvée. La fidèle clientèle de la French Line retrouve à bord la qualité de l'accueil et de l'hôtellerie tant renommés. Les suites de première classe portent des noms évocateurs de la géographie française, comme sur Normandie dont Liberté emporte certains éléments décoratifs qui ont pu être préservés.

Le paquebot Liberté entrant au Havre encore en ruines.

En janvier 1962, lors de l'entrée en lice de France, nouveau (et dernier...) fleuron de la Transat, Liberté est retiré du service. Selon les chiffres de la compagnie, de 1950 à 1961, il a effectué 200 voyages, transporté plus de 400 000 passagers et parcouru plus de 1,3 millions de milles. L'ancien allemand est démoli en Italie au cours de l'année.



Tous clichés © Agence Adhemar


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13 juillet 2010

Celtic (1901) de la White Star Line



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